Un dimanche dans la boue


Ça vous intéresse que je vous raconte mon dimanche, mes chers lecteurs égocentriques ? Tout avait pourtant bien commencé. Jusqu'à midi, la récolte allait bon train, les olives pleuvaient dans les filets. J'ai imaginé de charger directement les sacs dans la voiture qui suivait la progression du travail entre les rangées d'oliviers.

Après déjeuner (Michèle avait fait du bœuf aux carottes), malgré la pluie, nous repartons à l'assaut, Jacques, Philippe et moi. Au bout d'une heure, c'est carrément la tempête et nous décidons de remballer filets et râteaux. De toute façon, la voiture est remplie à bloc. Au bout de 50 mètres, elle s'embourbe dans les sillons : avant / arrière ; avant / arrière, et ne fait que s'enfoncer malgré sacs et couvertures disposés sous les roues. Le tracteur !!! Trouver chaîne et anneaux. Le tracteur patine à son tour et creuse des tranchées avec ses énormes roues. Dételer pour le dégager. Vider la voiture de ses 25 sacs. Renouveler la manœuvre. Réussir l'extraction, mais replonger 30 mètres plus loin et renouveler encore, replonger encore, et la réussir enfin. Crottés et trempés jusqu'aux os de la tête aux pieds, il nous a fallu une heure au coin du feu, et un litre de thé bouillant pour calmer frissons et tremblements. Merci, Jacques !

Il ne reste plus qu'à retrouver les sacs dans la nuit et à les recharger dans la voiture, à la brouette, pour les livrer au moulin. 333 kg ! Quelle chance d'avoir vécu une si petite catastrophe !

Voilà ce qu'il en coûte de quitter le sacro-saint macadam. Jadis, le choix était simple : patauger dans la boue l'hiver, vivre dans la poussière l'été. Un autre souvenir le rappellera.

C'était en Algérie, il y a des années, avec Michèle, Annick et Robert. Le bas nylon par lequel mon mécano m'avait conseillé de remplacer le filtre à air de la 4L avait tenu. À l'approche d'El Oued, le désert était si beau, si velouté, que le désir nous est venu, la nuit approchant, de dormir sous la tente. Recherche d'un chemin de traverse pour nous écarter un peu de la route. Mais la nuit tombe tout à coup et pas la plus petite bifurcation. Alors, demi-tour et retour en ville ! Mais en virant, la 4L s'ensable sur le bas côté. Au secours ! La première voiture qui approche, un gros 4 x 4, s'arrête et nous tire de là, à l'aise. - Vous ne connaitriez pas un endroit où monter une tente ? - Venez dans mon jardin. Suivez-moi. Une demi-heure de piste dans la nuit. À droite, à gauche, etc. Stop devant un immense puits évasé éclairé par les étoiles. Le jardin est une oasis de 25 palmiers avec un petit lac au fond où sautent les grenouilles et un âne, héros de ce terrassement. Par crainte de ne plus jamais ressortir de cet entonnoir, préférons monter la tente en haut du cratère. Le vent se lève. Vous avez déjà monté une tente dans une tempête de sable, mon lecteur ? Moi, oui, comme dans Tintin au pays de l'or noir, p. 31 et 32. Après une heure de galère, on a réussi à arrimer la tente au pare choc de la 4L.

La tempête s'est arrêtée net. Un sable fin comme de la farine crissait sous les dents, au fond des sacs de couchage, à l'intérieur des appareils photo. Nous avons levé les bras et admiré les étoiles filantes et nous sommes agenouillés pour rendre grâce à Allah.


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