Nos ancêtres, les Vaudois


Très belle conférence par Jean-Jacques Dias, samedi soir à Grambois, sur les Vaudois, ces hérétiques du Luberon persécutés par l’Inquisition en 1545. Jacques, mon père ce vosgien, catholique mais protestant, en cultivait la mémoire ainsi que celle des Hussites de Bohème dont faisaient si grand cas Pierre Leroux et sa disciple George Sand dans Consuelo.

Les premiers Vaudois piémontais s’installèrent à Vaugines, à Cabrières d’Aigues et à Mérindol en 1399. Beaucoup de Vaudois furent brûlés à Cabrières d’Avignon, à Mérindol et dans 22 autres villages du Luberon ou envoyés aux galères de Marseille, ou simplement massacrés, ce néologisme venu d'Italie pour l'occasion (macelleria = boucherie). Il subirent donc le sort de Jan Hus brûlé vif à Constance en 1415.

C’est la grande guerre de la lettre (qui tue) contre l’esprit (qui vivifie, selon Saint Paul). Voyez plutôt, mon lecteur… Mais commençons par une petite citation de Pierre Leroux :


Un grand homme paraît : il accomplit péniblement son œuvre à travers mille obstacles, la misère, l’oubli, l’échafaud ou la croix ; dédaigné, persécuté d’abord, admiré ensuite, plus tard on en fait un Dieu ; c’était un libérateur, on en fait un despote ; il vint pour affranchir, et le temps arrive tôt ou tard où il faut s’affranchir de lui.


Ainsi, quand « la pure doctrine de l’Évangile » (Leroux encore) s’incarna dans l’Empire romain à partir de l’édit de Milan promulgué par Constantin en 313, elle était exposée à tous les durcissements qui menacent les institutions temporelles, ce qui se produisit en effet, et qui explique la multiplication, tout au long de l’histoire du christianisme des hérésies s’efforçant de revenir à l’esprit de l’Évangile.

Les Vaudois qui s’appelaient en réalité Les Pauvres de Lyon, en référence à Pierre Valdès, leur initiateur, sont parmi les plus remarquables de tous ces hérétiques qui ont devancé Luther et Calvin. Ils se disaient descendants des apôtres, contestaient l’autorité du pape et commandèrent la première traduction de l’Évangile en provençal, puis de toute la Bible en français à l'intention de leurs enfants à qui ils apprenaient à lire. Cela tout en respectant les apparences du culte officiel, la messe et les sacrements.

Les paysans vaudois ont laissé le souvenir de gros travailleurs qui ont enrichi la région, purs de mœurs, intègres et payant leurs dettes. J’ai conservé dans une boite en fer les tessons de poterie que j’ai recueillis dans mon champ d’oliviers sans penser que c'était un de mes ancêtres spirituels vaudois qui avait dû briser, plus d'une fois, le pot dans lequel sa femme avait préparé sa soupe de midi…

Les Vaudois contestaient l'enrichissement de l'Église en se rapportant à l'Évangile, jusqu'à ce que les protestants modernes en appellent au socialisme. J-J Dias m'a même dit, dans l'apéritif qui a suivi sa conférence, que les Vaudois d'aujourd'hui, ce sont les écologistes. Entièrement d'accord !


Photo : ce pauvre Christ abandonné au fond de l'église de Saignon n'aurait sans doute pas été désavoué par nos ancêtres les Vaudois.

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