Après le mariage de Michel Houellebecq...



... avec une étudiante chinoise et avant la sortie de son prochain roman sur l'amour (Agathe dixit), la question reste posée : comment lire cet auteur difficile ? Cette question s’est reposée lors de la journée d’étude consacrée à La Transgression, d’où je reviens à l’Université de Londres. Je sais que la saisie immédiate de la prose houellebecquienne semble dépourvue d’aspérités. Il n’en va pas de même sur son sens profond.

Mon idée est que le problème vient de ce que, chez MH, deux voix narratives contradictoires s’enchevêtrent. Ce qui saute aux yeux, c’est le cynisme, l’invective et l’obscénité, genre Je ne sais pas si mon fils avait besoin d’un père, mais moi, je n’avais pas besoin d’un fils ou Faire l’amour avec ces connasses, ce serait comme pisser dans un urinoir plein de mégots. Voilà ce qui saute aux yeux à chaque page, qui a diverti les uns, scandalisé les autres.

Mais il existe un deuxième propos, plus rare, tenu mezza voce, qui affleure de temps à autre comme en pointillés, qu’on risque de ne pas bien entendre si on est trop pressé ou si on n’a pas l’ouïe assez fine. On voit pourtant se dessiner, si on trace des lignes entre ces points ce que j’appellerai le logiciel profond de cet auteur. Ce logiciel dit le dégoût de la modernité initiée avec la Renaissance et la Réforme protestante, continuée par les Lumières et la Révolution, et qui aboutit au libéralisme sous toutes ses formes, en particulier économiques et sexuelles.

Le fond de la vision de Houellebecq, c’est en effet un sentiment de deuil, le deuil d’une société organique dont la religion et la famille seraient le ciment. Ce sentiment de deuil le pousse à tendre le cou, même s’il désespère du moindre retour, aussi bien vers l’islam ou le vieux catholicisme que vers le socialisme français ou anglais. Voilà le logiciel profond.

L’œuvre est donc une ellipse à deux foyers, en un mot, le cynisme et la morale. Comment s’y retrouver, puisque c’est incompatible et qu’en plus, le discours cynique tient le haut du pavé ? Ma conviction est que, même minoritaire, c’est le discours moral qui constitue le fil à plomb et que le discours cynique est anti-phrastique. C'est comme si l’auteur nous disait : Vous aimez le monde moderne, la liberté et l’individualisme ? Je vais vous le montrer dans sa hideuse vérité et ce ne me sera pas difficile car j’en suis un des plus lamentables représentants. Ainsi retournée, la voix cynique rejoint la voix morale.

Cela ne va pas sans un fort manichéisme. Alors, comment se fait la soudure ? Souvent, justement, elle ne se fait pas, et, avec sa façon bien à lui de se moquer du monde, l’auteur s’adonne à de beaux coq à l’âne. Ce qui permet pourtant finalement au texte de bien fonctionner, il me semble que c’est l’humour constant dont il est empreint.



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