Un avantage collatéral du djihad


Le Monde arrive avec un jour de retard en province. J'y trouve un extrait du livre de l'ami de Sandra, Jean Birnbaum, intitulé La Religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous. Jean tranche de la façon la plus nette le nœud de l’islamo-gauchisme.

Il constate d’abord que l’internationale djihadiste a pris le relais des luttes anticoloniales et anti-impérialistes de jadis. Ben Laden, Mollah Omar et Abbou Moussad al-Zarkhawi ont remplacé Ho Chi Minh, Che Guevara, et Fidel Castro. Certains militants s’y sont trompés et font encore preuve de complaisance envers ces nouveaux "résistants". Pas Jean, qui écrit que les islamistes ne veulent pas prolonger l’histoire des révolutions commencée en Europe mais au contraire la détruire ainsi les valeurs d’émancipation dont elle était porteuse. Le djihad ne vise que la justice céleste et se moque bien de la justice terrestre.

Cette mise au point ferme et salutaire entraîne aussi une révision en profondeur de toute la tradition révolutionnaire. Jean rappelle ainsi que c’était un axiome à l’extrême-gauche que « tout ce qui affaiblit l’Occident est juste ». Depuis que cet axiome est devenu celui de l’islamisme radical, on mesure combien il était faux et manichéen. Les combattants marxistes de jadis et les combattants islamistes d’aujourd’hui ont certes un ennemi commun, « l’impérialisme oppresseur, les démocraties hypocrites, les mœurs décadentes », mais note Jean :


ces hommes qui frappent l'Occident ciblent aussi, maintenant nous le ressentons comme des évidences, quelque chose à quoi nous tenons, un ensemble de libertés, de mœurs et de gestes inventés au cours des deux derniers siècles ; cette culture libérale et démocratique à laquelle le socialisme devait apporter un juste accomplissement.


Il faut saluer le courage de cet aggiornamento et espérer qu'il fera beaucoup de ronds dans l'eau. Car nous revenons de loin. Jean évoque la "longue mémoire" que les militants conservent de leurs luttes et de leurs espoirs passés. Cette mémoire possède, comme toute mémoire, un actif et un passif, et nous savions, dès avant la chute du mur de Berlin, que ce passif était particulièrement lourd.

Ce que Jean vient de faire sous nos yeux, c'est de réviser la condamnation manichéenne qui fut portée au nom du matérialisme dialectique, du socialisme scientifique et la dictature du prolétariat à l'encontre des libertés, de la démocratie, de tant de mœurs et de gestes qui furent vite qualifiés de bourgeois.

C'est, en d'autres termes, rapatrier le socialisme dans la république et la république dans le socialisme, et retrouver les chemins ouverts en 1834 par Pierre Leroux et Proudhon et continués par Jaurès.

Puisse le djihad avoir au moins l'effet de provoquer un Bad-Godesberg à la française...

Je ne peux que renvoyer mes lecteurs qui désirent en savoir plus sur le socialisme républicain à mon billet du 17 janvier : Marx, Proudhon et Pierre Leroux.


Photo : capturée à Lille, Rétrospective Jean-François Millet.

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