Un petit déjeuner en 1868


Je n'ai pas écrit 1968 mais bien 1868. Que s'est-il passé en 1868 ? La Révolution de Meiji !

Avant d'aller prendre un bain aux Catalans et de le reconduire à la gare Saint Charles, notre petit déjeuner avec Nobutaka s'est un peu prolongé car notre ami nous a fait profiter, avec la clarté et le sens de la synthèse qui le caractérisent, du cours qu'il a donné au Collège de France récemment. Voulez-vous profiter de ces qualités, mes chers lecteurs, pour procéder à une petite mise à jour sur le Japon. Comme moi, Nobutaka aime les triangles plutôt que les habituels parallèles, en l’occurrence le triangle Japon / Chine / Occident.

Je résume donc le propos de Nobutaka. Si le Japon possède une langue entièrement originale et une religion à lui, le shintoïsme, c’est à la Chine qu’il a emprunté son écriture, son bouddhisme et le confucianisme cher aux féodaux, les shoguns. Or, ce qui s'est passé en 1868, c'est, en un mot, que le Japon a abandonné la culture chinoise au profit de la civilisation occidentale au plan technologique aussi bien que juridique.

Il est vrai que l’autorité impériale a été restaurée, mais cette Restauration ne s’est pas produite en faveur de la noblesse comme dans la France de 1815 mais contre les samouraïs à qui furent confisqués leurs sabres et leurs prérogatives. Malgré le culte dont l’empereur devint l’objet, c’est d’une monarchie constitutionnelle qu’il s’est agi. La modernisation politique et économique du Japon a donc précédé de 40 ans celle de la Chine qui n'est devenue républicaine qu'en 1911. Savez-vous même que, depuis 1872, c'est-à-dire dix ans avant Jules Ferry, l'école est obligatoire au Japon dès 6 ans pour les garçons et les filles ?

Il est vrai aussi que la Chine avait précédé le Japon pour ce qui est de subir la violence occidentale : ce furent les guerres de l'opium et les traités inégaux. Ça a servi de leçon au Japon. Le shogun a pris peur et a signé à son tour des traités inégaux avec le commodore Perry. Plus tard, Meiji, ou du moins ses conseillers, sont parvenus à moderniser le Japon sans passer sous tutelle occidentale.

Aujourd'hui, on dit que le Japon s'est modernisé mais à l'époque, il disait lui-même qu'il se civilisait, ce qui montre bien tout le mépris des révolutionnaires de Meiji envers les traditions héritées de la Chine. Le Japon a fait la guerre à la Chine et l'a vaincue en 1885, et il lui a appris des mots nouveaux comme république, démocratie ou égalité, qu'il avait reçus d'Europe.

Nobutaka est hanté par les fautes des Japonais envers la Chine et par les conditions du pardon ; il est allé sur le lieu du crime principal, Nankin, et s'afflige de l'affrontement des deux nationalismes. Il milite pour le respect de l’article 9 de la Constitution de 1946 qui désarme le Japon. Spécialiste de Rousseau, il espère que la culture française dont il assure la promotion à la Maison franco-japonaise de Tokyo fondée à l'initiative de par Claudel en 1924 aidera à réconcilier les deux peuples.


Photo : Michèle et Nobutaka aux Catalans = Copacabana-sur-Marseille.

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