Une rencontre à La Caravelle

Il y a 4 ans que je n’avais plus vu Bao Ye, l’une des mes plus fidèles étudiantes. À la fin de mes cours sur René Girard, malgré son français de débutante, elle venait à chaque fois me poser une question qui allait droit au but. Elle a entrepris ensuite une thèse sur Rousseau et le bouddhisme Zen. Rousseau avait en effet retrouvé par ses propres moyens les méditations sur le désir et son contrôle que cultivent les grands maîtres du zen. Bao Ye est retournée à Shangaï, chère à Tintin, mais a voulu revoir Marseille cet été, la ville où elle avait vécu 9 ans. C’est à La Caravelle, ce café de caractère situé dans un premier étage donnant sur le Vieux-Port, que je lui ai donné rendez-vous. Elle m’a raconté sa vie et moi mes intérêts du moment. Bao Ye enseigne maintenant le français dans une université de Shangaï. Elle avait remarqué que je parlais du Tao dans mon blog, mais c’est le Zen qui la passionne toujours autant. Comme elle en déplore la quasi disparition en Chine, elle va dans les temples japonais faire retraite et retrouver le chemin de la tradition, à Kyoto en particulier.

Nous avons parlé du désir et de l’hybris. Les convivialistes, dont je fais partie, ont l’hybris pour cible principale : ils y voient la démesure qui mènera notre planète à sa perte et lui opposent la décroissance ou, en tout cas, une croissance maîtrisée et responsable. La méditation zen que cultive Bao Ye est plutôt une introspection, une exploration de la conscience et de l’inconscient visant à maîtriser les désirs nuisibles qui ont tendance à se multiplier dans tous les sens. Bao Ye a convenu que ça se complétait, l’économie de la décroissance et le zen. La plupart de nos désirs sont interactifs : autrui n'est jamais bien loin. Mais aujourd’hui, les autres, c’est l’humanité. Nous avons parlé de la gare française de Dakar qui sert maintenant de marché aux poissons, aux légumes et aux poulets mais d'où les Chinois feront bientôt partir une ligne de TGV pour Bamako.

Aujourd’hui, toutes les disciplines se rejoignent, l’économie et la méditation zen, mais aussi la diététique. Je lui ai demandé s’il y avait des marchés dans la nouvelle Chine inondée de supermarchés dont elle m'a parlé. Elle m’a dit que oui. Consommer des sodas et des produits transformés par l’industrie agroalimentaire bourrés de produits chimiques, c’est pécher contre sa propre santé, c’est aussi pécher contre la planète qui ne pourra pas recycler le CO2 nécessaire à cette production ni la chimie contenue dans les produits et dans leur emballage. Et qui prendra soin de tous ces obèses quand les Chinois et les Africains auront perdu leur belle silhouette si mince ?

Au bout de deux heures, j’ai prétexté que je voulais photographier le Vieux-Port qui se reflétait dans la glace mais le contre-jour n’a conservé que le visage de Bao Ye. Nous nous sommes dit À l’année prochaine !

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