Le christianisme a duré 1656 ans


Le calcul est vite fait : le christianisme fut institué religion d’empire par Constantin en 312 et il s’est écroulé en mai 68 : ça fait exactement 1656 ans. C’est à peu près ce que dit Michel Onfray dans L’autre Mai 68, Grassset, 2018. Le christianisme avait posé la haine du monde au profit de l’au-delà, la détestation du corps, du plaisir, du désir, du sexe, et de la vie terrestre, le culte de la souffrance. Il ne fut pas question de religion en mai 68, mais écoutez ses slogans qui ont eu le plus de succès : Jouissez sans entrave, Sous les pavés la plage, Aimez-vous les uns sur les autres ! C’est bien le christianisme renversé.

Onfray en conclut que Mai 68, c’est la chute du patriarcat judéo-chrétien et de la hiérarchie (p. 456). Il y a énormément de vrai dans cette remarque mais j’ai deux objections.

D'abord, Onfray oublie tout simplement que si la société qui prévalut pendant 1656 ans était une société pyramidale, c’est d’une pyramide à deux pointes qu’il s’agissait. Pierre Leroux écrivait même : « La mitre des évêques qui se terminait par deux pointes était le symbole de cette existence amphibie puisque les évêques devaient allégeance à leur suzerain féodal comme au pape, au pouvoir temporel comme au pouvoir religieux. » (mon Anthologie, p. 390)

Les autorités sacrées qui ont été visées en Mai 68 sont donc celles de l’argent autant que celles de la morale, et ça, ça renvoie à la lutte des classes qui a bien d’autres causes que le christianisme. Il faut donc diviser par deux la part de vérité de ce qu’énonce Onfray. Il y a autre chose. C’est que le christianisme dans son origine, c’est-à-dire dans l’Évangile, était justement un bouleversement de la pyramide sociale : Les derniers seront les premiers, Heureux les pauvres, Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille, etc. L’Évangile est un jeu de massacre, un jeu à qui perd gagne, qui enlève leur légitimité à toutes les hiérarchies constituées. Il faut donc encore diviser par deux la part de vérité énoncée par Onfray. Il reste 1 de vrai pour 3 de faux.

Ce n’est pas pour disculper le christianisme pré-conciliaire de tous ses péchés que je dis ça, chers lecteurs voltairiens. En voici pour preuve une nouvelle citation de Leroux :


Certes, Jésus ne s’attendait pas à quoi l’on ferait servir sa venue et sa doctrine, quand il disait : « Le temps approche où l’on adorera Dieu en esprit et en vérité. » Au XVI° siècle, la pure doctrine de l’Évangile se trouvait réduite à servir de masque aux hypocrites, de sacoche aux voleurs, et d’arsenal aux tyrans ; ceux qui, d’un bout de l’Europe à l’autre, exploitaient cette doctrine, étaient ceux‑là mêmes qui avaient crucifié Jésus ; c’était Judas, prêtre et inquisiteur, qui dénonçait au nom du Christ ; Ponce‑Pilate, roi ou empereur, qui commandait au nom du Christ ; Caïphe, souverain pontife, qui jugeait au nom du Christ. De la hauteur morale où s’étaient élevés les apôtres et les premiers chrétiens, être descendu à la perversité systématique des chefs de l’Église, c’était une sorte de nouvelle chute de l’homme. La nature humaine, destinée à être sauvée par l’Évangile, paraissait donc de nouveau perdue.

Photos : Éléphant planté sur sa trompe devant le palais des papes à Avignon, 10 septembre 2013.

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