On a gagné !


Comme tout bon Français, n’est-ce pas, mon cher lecteur d’ici et d’ailleurs, j'ai regardé le match du siècle. N’ayant pas de télé au cabanon, c’est dans un café de Lourmarin que je me suis réfugié, ou plutôt dans la rue où la foule était épaisse. J’avoue que je ne suis pas trop foot, défaut d’initiation sans doute, car je trouve qu’il y a trop de cafouillages dans ce sport, c’est-à-dire d’interceptions. Il faut attendre un quart d’heure pour voir une belle action, une passe, deux passes, trois passes et un beau tir. C’est comme un roman où il y a d'interminables descriptions avant qu’il se passe quelque chose ! La vie est trop courte !

Il y a autre chose, c’est la forme rectangulaire du terrain. Quand les joueurs s’enferment dans un angle mort, il y en a quand même quatre ! on sait qu’on va s’embêter pour un moment. Je propose donc une réforme : le passage au terrain circulaire. En plus, ce serait la forme du ballon et surtout la forme de notre planète dans cette grande confrontation des peuples de la terre : trois beaux cercles concentriques.

Il me plaît que tous les peuples soient à égalité sous la direction d’un arbitre incorruptible. Les forts et les faibles, les blacks, les blancs, les jaunes et les beurs, les nouveaux et les anciens venus. Cette coupe fait faire de grands progrès au sentiment d’humanité inventé par le stoïcien Montaigne voilà quatre siècles. C’est 100 fois plus efficace que l’impuissante ONU.

Après, il m’aurait plu que ce soit la Colombie, l’Égypte ou le Sénégal qui gagnent. Connaissant un peu ces pays, je mesure l’immense fierté qu’auraient éprouvée ces peuples en devenir. La France est déjà bien assez riche !

N’empêche que le vrai moment d’émotion que j’ai éprouvé parmi la foule de Lourmarin, c’est quand, quelques minutes avant le coup de sifflet final, quelqu’un a lancé les magnifiques couplets de La Marseillaise. J’ai bien senti que la foule revivait les actions glorieuses de la république, s'identifiait aux soldats de l’An II, à ceux de Valmy, de Lodi et d’Iéna, aux grandes heures de 1830, de 1848, de l’Affaire Dreyfus et de la Résistance. La France lampadaire des peuples, comme disait Hugo, se réveillait…

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