La colonisation avait pourtant bien commencé...


Je sais que ce titre est un peu provocateur, mais attendez pour juger, lecteur trop impatient...

Je dirai volontiers que le différentiel dans le rythme de développement des civilisations a provoqué un drame, en 5 actes :

1- tout commença par une idylle quand les nobles étrangers purent jouir des lois universelles de l'hospitalité. Prenez le Journal de Christophe Colomb qui ne tarit pas d’éloge sur les Indiens de Cuba :


Ils donnaient tout pour n’importe quoi qu’on leur offrît, disant « Prenez, prenez ! » Leur chef ne faisait que goûter les mets qu’on lui offrait « et les faisait passer aux siens avec une merveilleuse dignité et très peu de mots. [...] Je ne vois pas qu’au monde, il y ait de meilleurs hommes, pas plus qu’il n’y a de meilleures terres. Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes, ont le langage le plus doux et le plus affable du monde et toujours le sourire. (Voyage en Amérique)


Continuez par le magnifique Voyage au Congo de Gide en 1927, qui décrit des populations riant, chantant et faisant fête à son arrivée, les hommes offrant des cadeaux, les femmes balayant le sol, les enfants trépignant de joie. Une phrase m’a frappé : « Ce que je ne puis peindre, c’est la beauté des regards de ces indigènes, l’intonation émue de leur voix, la réserve et la dignité de leur maintien, la noble élégance de leur geste. Auprès de ces noirs, combien de blancs ont l’air de goujats. » Et ses adieux émus à son guide-interprète Adoum à qui il a appris à lire :


Tant de dévouement, d’humble noblesse, d’enfantin désir de bien faire, tant de possibilité d’amour qui ne rencontre le plus souvent que rebuffades. Adoum assurément n’est pas très différent de ses frères : aucun trait ne lui est bien particulier. À travers lui, je sens toute une humanité souffrante, une pauvre race opprimée dont nous avons du mal à comprendre la beauté, la valeur, que je voudrais pouvoir ne plus quitter. C'est un abominable crime de repousser, d’empêcher l’amour.


Mon troisième témoignage est celui d'Octave Mannoni observateur du cas de Madagascar. Il affirme que pour le colonisé, le Blanc prend la place des ancêtres mythiques ou du moins s’ajoute à eux. Les chefs blancs sont appelés dieux ou pères. Ils sont accueillis selon les lois de l’hospitalité traditionnelle. État-civil, carte d’identité, papiers divers offrent une sécurité analogue à celle de la société traditionnelle. L’administration trouve tout naturellement sa place auprès du Malgache. Mannoni rapporte que la montagne Ambondrombe où se rassemblent les morts de l’île pour battre tambour la nuit est un lieu interdit. On meurt si on approche du lac magique. Les porteurs y conduisent pourtant l’expédition de Mannoni sans crainte grâce aux taratasy-fanjakana, les papiers de l’administration. De même que le rituel religieux est constitué de dons et de contre-dons entre les vivants et les morts, de même le Malgache donne sa docilité, légendaire, en échange de la protection du colon. Ce dernier est placé à la même hauteur que les morts. C’est une « évidence pour les indigènes d’avoir à imiter et à obéir », observe Mannoni. (Psychologie de la colonisation, 1950.

Les actes II, III IV sont bien connus. Acte II, la violence, le mépris et l'exploitation prennent la place de la confiance. Acte III, les colonisés se rebiffent et arrachent leur indépendance. Acte IV, l'actuelle situation post-coloniale est caractérisée par de grandes déceptions pour les peuples qui se sont libérés et par un fréquent ressentiment envers des colonisateurs tantôt arrogants tantôt repentants.

Quant au dernier acte, nous l'attendons : l'histoire ne sera pas oubliée mais les blessures auront cicatrisé. Les sentiments croisés de supériorité et d'infériorité auront disparu.

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