J'ai sacrifié l'éphémère


Samedi, j'ai pourchassé et pulvérisé à coup de Grillo, ma tondeuse surpuissante, les dernières branches d'oliviers taillés par Michèle, puis j'ai jugé qu'il fallait tondre partout pour ne pas laisser de vilaines traces de coupe. Le problème est que, devant mon engin, de timides petites fleurs bleues, délicates et fragiles en ce matin de rosée, se mirent à me faire des signes gracieux. De celles que mes amis belges prennent pour des lavandes, qu'ils ne m'en veuillent pas ! À leur pied, une herbe touffue, habitat des insectes, eux-même pâture des oiseaux. Plusieurs souvenirs ont traversé mon esprit.

J'ai pensé à ce dieu hindou dont j'ai perdu le nom, qui broyait ses sectateurs sous les roues de son char et à l'impitoyable Baudelaire plein de ressentiment :

J'ai puni sur une fleur

L'insolence de la nature. (À celle qui est trop gaie)


J'ai pensé aussi au pitoyable Ronsard arrêtant le bras des bûcherons de la forêt de Gâtine et à ce paysan suisse entendu sur France Cul qui aimait trop la viande pour rester végétarien. Il a décidé d'élever des vaches le plus noblement possible en leur faisant une vraie vie de vache. Seulement au lieu de les envoyer lâchement à l'abattoir, il les égorgeait lui-même.

Que faire ? Je suis retourné à la maison prendre mon smartphone, j'ai pris le cliché que voici, puis je suis remonté sur mon engin et j'ai sacrifié l'éphémère.

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