Nos ancêtres, les paysans


Vu à Lille samedi, avant sa fermeture, la grande exposition Jean-François Millet. Je trouve ce peintre de la vie paysanne profondément touchant. On voit le dur labeur du peuple nourricier, l’homme à la houe, les bêcheurs, les scieurs de long, le vanneur, etc., mais ce sont ses femmes que j’ai le plus appréciées, celles qui s’occupent d’enfants, les bercent, tendent le bras pour donner la becquée, soufflent sur la cuillère trop chaude, leur font faire pipi sur le pas de la porte. Millet n’en profite pas, comme Jules Breton que la brochure m’a fait connaître, pour donner à voir d’intéressantes frimousses ou de jolies silhouettes féminines. Son but est bien trop réaliste. Il veut montrer le peuple paysan, aujourd’hui disparu, tel qu’il n’avait guère changé depuis des siècles, laborieux, pauvre, simple et craignant Dieu, avec une troublante justesse des gestes et des attitudes.

J’ai choisi comme illustration une petite bergère comme Millet en a tant représenté, solitaire, sommeillant, rêvant, priant. J’ai trouvé le simple dessin plus touchante encore que sa réplique peinte que vous trouverez sur google.

Comme en écho, la Grande Bibliothèque de France expose des Paysages français photographiés dans leur quotidienneté loin de tout pittoresque. Le résultat, saisi avec une constante ironie, est plutôt déprimant : juxtapositions anachroniques, grands ensembles, parkings, zones industrielles et commerciales, publicités criardes, signalétiques intempestives. À quand un grand ministère de l’embellissement de la France ? J’ai sélectionné pour vous, mon lecteur, une Vierge Marie oubliée dans un paysage contemporain, celle-là même, devant laquelle, tant de fois, une petite bergère a dû se signer furtivement en gagnant la pâture avec sa vache… Alain Caillé a raison de dire que l'économie a remplacé la religion.

Millet et son amour de la terre firent école aux Etats-Unis et inspirèrent une famille de peintres comme Edward Hopper, de photographes comme Walker Evans et de cinéastes comme John Ford. Les pionniers américains trouvèrent chez Millet le souvenir de leurs racines et élargirent la solitude du paysan dans son sillon aux proportions immenses du nouveau monde.

Ce sont nos racines à tous, chers lecteurs-paysans, que Millet nous permet de retrouver avec émotion. 99 % de nos ancêtres vécurent ainsi ! Dans le contexte de l’agriculture industrielle, grande ravageuse de l’humus et des insectes, Millet est aussi un artiste d’avant-garde invitant à méditer sur une agriculture intensive respectueuse de la vie.

Contemporain de Michelet et de George Sand en 1848, Millet s’inspire de Virgile et de l’Évangile. Van Gogh et Giono le continuent.

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