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Un homme, un vrai, Édouard Limonov

January 3, 2018

Édouard Limonov a l'air d'un intello avec sa brosse et ses lunettes. C'est un dur qui a tout fait ! Je me suis beaucoup intéressé à sa biographie romancée par Emmanuel Carrère en 2011. Je me contenterai de vous proposer, cher lecteur, la citation des phrases qui m’ont le plus frappé. Limonov, sorte de Poutine qui n'a pas réussi, est un aventurier, une tête brûlée, aimant la marge, la violence, le sexe, le nationalisme et… la littérature. Maximilien Aue  le sinistre héros des Bienveillantes aurait préféré être écrivain plutôt que nazi. Hélas... Il me reste à découvrir les livres de celui que Carrère qualifie de « Jack London russe ». Le choix des citations vaut un commentaire, un commentaire du livre autant que de ma lecture. Je vous avertis que certaines de ces citations sont un peu vives. Elles m’ont intéressé à ce titre. Et vous, cher lecteur, qu'en penserez-vous ?

Je distinguerai par EC et ÉL ce qui appartient à Carrère et ce qui appartient à Limonov.

 

EC : Un double de Poutine. p. 477 en Folio

 

ÉL : Les seuls hommes dignes de ce nom sont les militaires. 47

 

EC : Double administration communiste : celui qui accomplit une tâche et celui qui s’assure qu’il l’accomplit conformément aux principes marxistes-léninistes. 50

 

Il arriva à New-York avec, avec pour seules armes, sa bite et son couteau.

 

EC : Le Goulag existe avant Staline et après lui ; il n’est pas une maladie du système soviétique, mais son essence et même sa finalité. 131

 

EC : Tout est grand dans le destin de Soljenitsyne. 132

 

ÉL : Pour écrire des choses intéressantes, il faut d’abord vivre des choses intéressantes, connaître l’adversité, la pauvreté, la guerre. 149

 

Des intellectuels aux cartons pleins d'éditions complètes de Tchekhov et de Tolstoï, dans leurs reliures soviétiques vert foncé dont la colle sent toujours un peu le poisson. 171.

 

Elena a vingt ans. Brune, longiligne, collants et talons hauts, c'est une fille comme Édouard n'en a jamais vu en vrai, seulement sur les couvertures de magazines étrangers: Elle ou Harper's Bazaar. Il est foudroyé. 123 

Il a toujours eu l’habitude de donner des notes aux femmes : A, B, C, D, E, comme à l'école. Il a toujours considéré Elena comme la quintessence du A. 189 

 

Soljenitsyne apparaît, invité unique d’un talk-show exceptionnel, et c’est un des meilleurs souvenirs de la vie d’Édouard d’avoir enculé Elena à la barbe du prophète qui haranguait l’Occident et stigmatisait sa décadence. 150

[Soljenitsyne de Limonov : "un petit insecte qui écrit de la pornographie"]

 

Des trotskistes américains parlaient de la révolution mondiale...  La révolution mondiale, Édouard est pour ; il est par principe du côté des rouges, des noirs, des arabes, des pédés, des clodos, des drogués, des portoricains… 174

 

Au pied de son lit, il a scotché la photo de Kadhafi à côté de celle de Charles Manson et de lui-même en costume de héros national avec Elena nue à ses pieds. Même mourir ne lui ferait pas peur. Ce qui serait ennuyeux, c'est de mourir obscur. Si Moi Editchka était publié, s'il avait le succès qu'il mérite, alors oui. 188

 

Ressentiment, envie, haine de classe, fantasmes sadiques, il déballe ce qu’il a dans la tête sans aucune hypocrisie, aucune honte, aucune excuse dans son  Journal d’un raté.  196

 

EC : J’étais terrorisé par la vie, par les autres, par moi-même et la seule façon d’empêcher que la terreur me paralyse tout à fait, c’était d’adopter cette position de repli ironique et blasé… 214

 

EC : Une très  belle fille, roulée comme un modèle de Playboy et habillée de manière qu'on n'en ignore rien. Elle parlait fort, riait fort, ponctuait ses phrases de " j'veux dire" et de "Tu vois".

 

EC : L’empire soviétique ne s’est pas effondré tout à fait de la façon qu’avait dit ma mère, gangréné par les nationalités, mais quand même la décennie qui s’ouvrait a vérifié ses intuitions, lui conférant un statut d’oracle qu’elle a pris soin par la suite de ne pas remettre en jeu par des prédictions imprudentes. 222

 

EC : Chacun de nous s’accommode du fait évident que la vie est injuste et les hommes inégaux : plus ou moins beaux, plus ou moins doués, plus ou moins armés pour la lutte. Nietzsche, Limonov, les fascistes disent : c’est la réalité. C’est quoi, le contre-pied de cette évidence ? Moi, je dirais : le christianisme. L’idée que, dans le Royaume, qui n’est certainement pas l’au-delà mais la réalité de la réalité, le plus petit est le plus grand. 229

 

Lui qui s’était tant plaint d’être abonné aux catégories C ou D, il avait maintenant accès aux femmes de la classe A et même A+ comme cette beauté parisienne à qui il a pratiquement mis la main dans la culotte lors d’un dîner mondain. 232

 

Quand Natacha chantait, c’est bien simple, on lui voyait l’âme. Elle est arrivée au Foulard bleu, une chanson que personne, homme ou femme, né en Union soviétique après la guerre ne peut écouter  sans pleurer. 235

 

Rarement couché avant minuit, il se levait à l’aube et après sa séance de pompe et d’haltères s’attablait devant sa machine pour ses cinq heures de travail quotidien. Ensuite, il s’estimait libre de traîner dans les rues, avec une préférence pour les quartiers chics, Saint-Germain-des-Près ou le faubourg Saint-Honoré contre lesquels il était fier d’avoir gardé sa haine intacte. 237

 

Un neutre, c’est un pleutre. Édouard n’en est pas un et il se sent placé par le destin du côté des Serbes. À cette place, il se sent bien, le soir, auprès des braseros où des hommes mal rasés réchauffent leurs mains gonflées, aux ongles noirs. La vérité que personne n’ose dire, c’est que la guerre est un plaisir, le plus grand des plaisirs, sinon, elle s’arrêterait tout de suite. Une fois qu’on y a goûté, c’est comme l’héroïne, on veut en reprendre. Le goût de la guerre est aussi naturel à l’homme que le goût de la paix, il est idiot de vouloir l’en amputer en répétant vertueusement : la guerre, c’est le mal. En réalité, c’est comme l’homme et la femme, le yin et le yang : il faut les deux. 305

 

EC : Seule en France, mais d’accord avec l’immense majorité de Russes, ma mère parlait de Gorbatchev comme d’un apparatchik débordé par les forces qu’il avait sans le vouloir mises en branle et d’Eltsine comme de l’homme incarnant l’aspiration de son peuple à la liberté. Formé par le communisme, il avait eu le courage de rompre avec lui. Il avait suivi, aux côtés d’Elena Bonner, le cercueil de Sakharov. Il était le premier président élu qu’ait jamais connu la Russie. Il avait défendu la Maison Blanche comme la Fayette avait pris la Bastille… L’imagerie glorieuse d’août 1991, digne du Serment du jeu de Paume ou de Bonaparte au pont d’Arcole, c’est la photo d’Eltsine juché sur un char devant la Maison Blanche. Ce sont les chars qui font marche arrière… 331 et 334

 

Soljenitsyne a passé vingt ans écrivant 16 heures par jour et 365 jours par an, un cycle romanesque sur les origines de la révolution de 1917 comparé à quoi Guerre et paix est un récit psychologique fluet dans le genre d’Adolphe. 377

 

Ils se rappelaient avec tendresse et nostalgie le temps où les choses avaient un sens, où on n’avait pas beaucoup d’argent mais où il n’y avait pas non plus beaucoup de choses à acheter, où les maisons étaient bien tenues et où un petit garçon pouvait regarder son père avec fierté parce qu’il était le meilleur tractoriste de son kolkhose. 385

 

EC : Quand George Orwell parlait de common decency, il signifiait cette haute vertu qui est, disait-il, plus répandue dans le peuple que dans les classes supérieures, extrêmement rare chez les intellectuels, et qui est un composé d’honnêteté et de bon sens, de méfiance à l’égard des grands mots et de respect à l’égard de la parole donnée, d’appréciation réaliste et d’attention à autrui.

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