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Le dialogue d'Hannibal et de Scipion

November 3, 2017

Voulez-vous éprouver ce que l'auteur de Salammbô appelait "le frisson historique", mon lecteur ? La réédition par Le Monde des Plus belles pages de la littérature grecque et latine par Emmanuelle Blanc, déjà citée ici, en est l'occasion.


Au cours de la seconde guerre punique, Hannibal avait ravagé plusieurs parties de l'Italie sans se décider à assiéger Rome. Le Sénat ayant ordonné à Scipion d'aller attaquer Carthage sur son territoire, Hannibal dut rentrer d'urgence en Afrique du nord. Voici son portrait par Tite-Live :

 

D'une audace incroyable pour affronter le danger, Hannibal gardait dans le péril une admirable prudence. Nul effort ne fatiguait son corps, n'affaiblissait son esprit. Il supportait  dans une égale mesure la chaleur et le froid. On le vit souvent au poste dormir étendu par terre parmi les sentinelles. Le meilleur à la fois des cavaliers et des fantassins, il marchait le premier au combat et en revenait le dernier.
À tant de grandes vertus venaient se joindre des vices non moins grands : une cruauté féroce, une perfidie plus que punique, nulle franchise, nulle crainte des dieux. Rien n'était sacré pour lui, il n'avait nulle religion, nul respect des serments.

 

À la veille de la bataille de Zama, une entrevue mit le jeune Scipion et le vieil  Hannibal face à face. C'était en 202 av J-C :

 

Chaque escorte s'arrêta à une égale distance : alors s'avancèrent, chacun avec son interprète,  ces deux généraux, non seulement les plus grands de leur temps, mais comparables à tous les généraux et à tous les rois de tous les temps et de tous les pays. Ils se considérèrent quelques instants sans parler, comme rendus muets par une admiration mutuelle.

 

En position d'infériorité, Hannibal demanda la paix et déclara que Carthage était prête à renoncer à la Sicile, à l'Espagne et à la Sardaigne :

 

Il eût été souhaitable que les dieux inspirassent à nos pères cette bonne pensée de se contenter les uns de l'Italie, les autres de l'Afrique. Ce que j'étais à Trasimène et à Cannes, tu l'es aujourd'hui. Il se peut que ta fierté aime mieux la victoire que la paix ; j'ai connu de ces orgueils qui préfèrent l'éclatant à l'utile. Mais ne suis-je pas la preuve suffisante de la vicissitude du sort ? Plus on est heureux, plus il faut se méfier du sort. Aujourd'hui que la fortune te favorise et semble nous délaisser, la paix est avantageuse et honorable pour toi qui la donnes plus que pour nous qui la demandons. Oui, une paix certaine est meilleure et plus sûre qu'une victoire qu'on espère ; l'une est entre tes mains, l'autre entre celle des dieux.

 

Scipion lui répondit en résumé :

 

Vous demandez qu'on vous récompense de votre perfidie. Vous êtes les agresseurs, toi-même en convient et les dieux en sont témoins. Préparez-vous à la guerre puisque vous n'avez pas pu supporter la paix.

 

Scipion utilisa la tactique qu'il avait observée chez son adversaire. La bataille fut un désastre pour Hannibal : 20 000 soldats morts, 10 000 prisonniers. Les transfuges latins furent frappés à la hache, les Romains mis en croix. Hannibal déclara qu'il venait de perdre non une bataille, mais la guerre. Carthage dut donner ses éléphants de combat, payer un tribut de 10 000 talents. Sa flotte de 500 bâtiments à rame fut brûlée. Scipion reçut un triomphe magnifique à Rome. La Méditerranée était désormais un lac romain.

 

Photo : tête d'Hannibal trouvée à Capoue (musée de Naples).

 

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