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Ulysse et Jaurès

August 25, 2017

 

Quelle ressemblance y a-t-il entre Ulysse et Jaurès ? Il faut lire Homère et Proust pour s'en apercevoir. Mon amie Emmanuelle Blanc a publié l'an dernier une petite anthologie de la littérature gréco-latine en 5 petits volumes (Gallimard, 1976) que je recommande aux hellénistes et aux latinistes qui voudraient faire des révisions comme à tous ceux qui aimeraient s'initier. Dans le volume consacré à la Poésie les extraits d'Homère m'ont semblé parfaits. J'en tire ce portrait d'Ulysse comparé à Ménélas dans l'Iliade :

 

Ils parurent devant les Troyens assemblés. Tant qu'ils furent debout, Ménélas l'emportait de ses larges épaules, mais lorsque tous deux furent assis, Ulysse était plus imposant. [...] Sans doute Ménélas parlait-il aisément, en peu de mots qui sonnaient clair, sans bavardage et sans faute non plus, bien qu'il fut le plus jeune. Puis, quand se fut dressé l'ingénieux Ulysse, immobile, les yeux baissés, fixés au sol, l'on aurait dit vraiment un homme tout maussade, ou, simplement, un sot, mais quand, de sa poitrine, il eut laissé sortir sa grande voix et ses paroles qui tombaient ainsi que les flocons de  la neige en hiver, Ulysse n'avait plus aucun égal au monde, et ce n'était plus tant pour sa beauté que, désormais, nous l'admirions.

 

Proust s'est malheureusement détourné dans La Recherche de l'intérêt passionné qu'il porta à la cause de Dreyfus et à Jaurès. Il prête au contraire ce sentiment au héros de Jean Santeuil.

 

On vient de clore la discussion sur le massacre d'Arménie. Il est convenu que la France ne fera rien. Tout à coup, à l'extrême gauche, un homme d'une trentaine d'années, un peu gros, aux cheveux noirs crépus, et qui vous aurait semblé, si vous l'aviez observé, en proie à un trouble indéfinissable et comme s'il hésitait a obéir a une voix intérieure, se balance un instant sur son banc puis lèv[e] le bras d'un geste sans expression. [...]

Jean a compris que [Jaurès] avait été poussé à parler par ce sentiment de la Justice qui le prenait parfois tout entier comme une sorte d'inspiration. Alors ce "quelque chose" qu'il sentait vaguement qu'il y avait à dire, mais qu'il croyait indigne d'être écouté de gens sérieux, reprend immédiatement pour lui une valeur immense. Et ce sont les gens sérieux qui deviennent tout petits. Il est profondément ému. Et quand [Jaurès] se décide à faire de son gros bras court ce petit geste de convention au-dessus de sa tête, c'est comme un signal qui retentit longuement dans le cœur de Jean. Et en voyant les petites jambes de [Jaurès] se hâter disgracieusement vers la tribune, il lui semble que jamais corps humain n'a exprimé tant de dignité et de grandeur. Il y a dans Beethoven des mesures à contretemps et sans aucun motif noble qu'on ne peut écouter sans frémir.

 

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