La grande âme d'Hadrien


Rompant avec l'académisme grec, les sculpteurs romains furent hyperréalistes comme l'artiste qui représenta cette tête, pour ne pas dire cette tronche, d'Hadrien exposée au musée d'Arles.

Sans le latin, la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue, écrivit un jour Gabriel Matzneff dans l'un de ses billets du Monde déjà cités. Mon vieux fond chrétien se scandalise de la brutalité des Romains mais je partage l'avis de GM, par exemple en relisant les vers d'Hadrien lui-même sur son lit de mort, placés par Marguerite Yourcenar en épigraphe des Mémoires qu'elle prête à l'artisan de la pax romana. Voici les derniers vers imaginés par cette rude tête. On peut les relire sans se lasser. La traduction française n'est qu'une gauche indication.


Animula vagula, blandula,

Hospes comesque corporis,

Quae nunc abibis in loca

Pallidula, rigida, nudula,

Nec, ut soles, dabis iocos.


Petite âme flottante et câline, Hôtesse et compagne du corps, Tu vas descendre dans ces lieux

Pâles, durs et nus,

Où tu devras renoncer à tes jeux accoutumés.


N'oublions pas, sur le dernier vers, de bien faire la diérèse i-ocos. J'ai aussi retenu cette réflexion prêtée à Hadrien :

Les plus opaques des hommes ne sont pas sans lueurs : cet assassin joue correctement de la flute. Cet idiot partagerait avec moi son dernier morceau de pain. Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun les vertus qu'il n'a pas et de négliger celles qu'il a.


Photo : tête d'Hadrien, musée de l'Arles antique.

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