Écouter le Salve Regina


Dieu sait que je ne suis pas une grenouille de bénitier et que les dissertations métaphysiques sur l'existence ou pas d'un être transcendant me semblent peu pertinentes. La question, comme le disait très bien Gabriel Matzneff un jour, est plutôt que Dieu, s'il existe, croie en nous... La grande affaire, c'est la morale.

Je n'en conclus aucunement que les religions soient des affaire privées comme on l'entend de plus en plus. C'est au contraire de partager des émotions qui est important. Pour l'individualisme, le commerce et la consommation s'en occupent très bien.

Hier matin, j'étais un peu chiffonné et je me suis souvenu du Salve Regina. D'une façon un peu surprenante, le Père Festugière conclut sa belle étude sur la tragédie grecque en rappelant la beauté de ce chant. Je l'ai donc écouté en buvant mon café et les larmes me sont montées au yeux. À cause de la Vierge Marie devant qui l'homme le plus perdu de vices est obligé de plier la nuque, à cause de la pureté des voix et de la mélodie et à cause de l'admirable langue latine qui fut pendant mille ans la langue commune de tous les Européens, des pires criminels aux plus grands saints, et que Saint Louis chanta quand il partit pour la croisade.

Le fléau des temps modernes, c'est la solitude qui enferme chacun dans sa bulle. Pour que les hommes se sentent unis, il n'y a qu'une recette, c'est qu'ils aient quelque chose à partager qui les dépasse suffisamment pour qu'ils le respectent, un point sublime dont ils reconnaissent la majesté. La Vierge Marie a joué ce rôle pendant des siècles sans exercer aucune domination abusive : une maman ! Les plus grands mécréants n'osent pas ricaner devant elle. Le peuple ne s'y est pas trompé qui lui a toujours confié ses douleurs. Je pense aussi au Magnificat qui dit : "Le Seigneur renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides." Évidemment, au XX° siècle, on disait de faire plutôt confiance à Lénine et à Staline quand on avait des douleurs.

C'est encore mieux en latin même si on ne comprend pas très bien, j'en suis bien d'accord avec Micheline et avec Armand :


Deposuit potentes de sede,

Et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis,

Et divites dimisit inanes.


La langue latine nous rappelle que nous avons des ancêtres qui n'étaient pas des brutes pour avoir su façonner ce plain-chant émouvant. Ceux qui entonnaient ces paroles savaient qu'ils participaient à un chœur de 100 générations. N'est-ce donc rien ?


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