Ça suffit ! Tu déparles, Alain (Finkielkraut) !



Un jour, à Ajaccio, j’avais complètement disparu. Impossible de savoir où j’étais. Michèle, Solange et Marie-Claude me cherchaient partout : aucune trace. Heureux homme, celui qui est recherché par trois femmes à la fois ! Je repense à cela chaque fois que je vois, le long des autoroutes, les majestueuses éoliennes me faire de grands signes depuis les balcons du ciel et agiter les bras en me criant : « Hou, hou, Bruno ! Hou, hou… ! »

Alain Finkielkraut récrimine régulièrement contre ces moulins géants, ces mouettes à trois ailes, ces jeunes mariées en robes immaculées. Il ose dire qu'elles défigurent la beauté du monde. Ce qui défigure la beauté du monde, ce sont bien plutôt les zones commerciales et publicitaires anarchiques qui ravagent la moitié des paysages français, les courses de voitures et les mines de charbon d’Australie. Et que diras-tu, Alain, si la planète est passée au grille-pain !

C’est comme les sublimes structures métalliques qui supportent les lignes à haute tension de l’électricité. Tu n’as rien compris à la beauté, Alain qui crois, après Théophile Gautier que la beauté, c’est ce qui ne sert à rien. La robe des papillons et des oiseaux est une question de vie et de mort. Le squelette d’un cheval ou la structure d’un pylône électrique aussi. Le véritable artiste, ce n’est pas le décorateur : c’est l’ingénieur, autant celui qui fait les ponts, les viaducs et les pylônes que celui qui fait les rivières, les arbres et les anatomies.

Pareil pour les éoliennes. Ce qui est beau, c’est ce qui est utile, je veux dire vraiment utile, Alain, c’est-à-dire ce qui sert équitablement l’homme et la nature. Il existe tant de machines infernales inventées par les mauvais disciples de Prométhée, les productivistes, les consuméristes, les drogués de la compétition.

Une remarque sur la beauté du monde. J’ai enfin compris pourquoi Houellebecq se moque de l’écologie : c’est qu’il pense comme Schopenhauer que le monde est naturellement mauvais. Je ne le suis absolument pas sur ce terrain. Il rejoint la vieille tradition catholique qui enseignait que ce monde était le royaume de Satan. Dans son encyclique écologique Laudato si, François retrouve au contraire l’inspiration de Jésus qui prêchait la simplicité près des lacs et des montagnes.


Photo : comme le noir cyprès paraît funèbre et même obscène auprès des célestes éoliennes !

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